La prise en charge des brûlures graves a connu une révolution majeure au cours des quarante dernières années. Autrefois, une brûlure couvrant plus de 50 % de la surface corporelle était souvent fatale. Aujourd’hui, grâce aux progrès de la réanimation et surtout de l’ingénierie tissulaire, la survie est devenue la norme, déplaçant l’enjeu vers la qualité de la cicatrisation et la réhabilitation fonctionnelle.
Le derme artificiel, ou substitut dermique, représente la pierre angulaire de cette révolution. Il ne s’agit pas simplement d’un pansement, mais d’une structure biologique complexe conçue pour induire la régénération d’un nouveau tissu vivant.
Rappel Anatomique : Pourquoi le derme est-il vital ?
Pour comprendre l’utilité du derme artificiel, il faut comprendre ce que la brûlure détruit. La peau se compose de deux couches principales :
- L’épiderme : La couche superficielle, barrière contre les infections et la déshydratation.
- Le derme : La couche profonde, riche en collagène, élastine, vaisseaux sanguins et nerfs.
Dans une brûlure du troisième degré (brûlure totale), le derme est entièrement détruit. Sans derme, la peau perd son élasticité, sa résistance et sa capacité à glisser sur les structures sous-jacentes (muscles, tendons). La cicatrisation spontanée mène alors à une fibrose (cicatrice rétractile et rigide), entraînant des handicaps fonctionnels majeurs.

Qu’est-ce qu’un Derme Artificiel ?
Le derme artificiel est un substitut biosynthétique qui sert de « tuteur » ou d’échafaudage (scaffold) pour les cellules du patient.
Composition typique (Exemple de l’Integra®)
Le modèle le plus utilisé au monde se compose de deux couches :
- La couche dermique (interne) : Un treillis poreux de collagène bovin et de glycosaminoglycanes (chondroïtine-6-sulfate). Cette structure mime la matrice extracellulaire humaine.
- La couche épidermique temporaire (externe) : Une fine membrane de silicone qui joue le rôle de barrière protectrice, contrôlant la perte de fluides et empêchant l’invasion bactérienne.
Les différents types de Substituts Dermiques
Il existe plusieurs technologies, chacune ayant ses spécificités :
A. Les substituts acellulaires (ex: Integra, Matriderm)
Ce sont les plus courants. Ils ne contiennent pas de cellules vivantes lors de la pose. Ils comptent sur la migration des cellules du patient (fibroblastes et cellules endothéliales) dans la matrice.
- Integra® : Bicouche, nécessite souvent deux temps opératoires.
- Matriderm® : Monocouche de collagène et élastine, souvent utilisé pour une greffe immédiate en un seul temps.
B. Les substituts cellulaires
Ces produits intègrent des fibroblastes ou des kératinocytes humains (souvent issus de cultures de donneurs). Ils sont plus complexes à logistique et plus coûteux.
C. Les matrices allogéniques (Alloderm)
Issues de derme humain de cadavre, traitées pour éliminer toutes les cellules et ne garder que la matrice de collagène.
Le processus de Régénération : La « Néodermogenèse »
Lorsqu’un chirurgien pose un derme artificiel sur une plaie excisée (propre et sans tissus morts), un processus biologique fascinant s’enclenche :
- Imbibition : La matrice se gorge des fluides de l’organisme.
- Migration cellulaire : Les fibroblastes du patient pénètrent dans les pores du derme artificiel.
- Angiogenèse : De nouveaux vaisseaux sanguins se forment à l’intérieur de la matrice. C’est l’étape critique. Le derme passe d’une couleur blanchâtre à une couleur rosée/orangée.
- Synthèse de collagène : Les fibroblastes déposent leur propre collagène tandis que la matrice artificielle se dégrade lentement.
- Formation du néoderme : Après 3 à 4 semaines, la matrice artificielle est remplacée par un tissu vivant, organisé et vascularisé : le néoderme.
Reconstruction de la peau après brûlure grave : Le Protocole en Deux Temps
L’utilisation du derme artificiel (type bicouche) suit généralement un protocole rigoureux :
Temps 1 : Excision et Pose
- Exérèse : Le chirurgien retire tous les tissus brûlés jusqu’à atteindre un plan sain (fascia ou tissu adipeux viable).
- Hémostase : Le saignement doit être parfaitement contrôlé (un hématome sous le derme artificiel ferait échouer la greffe).
- Application : Le derme artificiel est appliqué et fixé par des agrafes ou des sutures. Il doit être en contact parfait avec le lit de la plaie.
Temps 2 : La Greffe Épidermique (21 jours plus tard)
Une fois que le néoderme est formé et vascularisé :
- On retire la membrane de silicone protectrice.
- On réalise une autogreffe de peau mince (prélevée sur une zone saine du patient). Comme le néoderme est déjà là, la greffe de peau peut être extrêmement fine, ce qui facilite la cicatrisation de la zone donneuse.
Indications Cliniques suivant type de brûlure
Le derme artificiel n’est pas utilisé pour toutes les brûlures. Ses indications principales sont :
- Brûlures étendues (Grands Brûlés) : Lorsque les zones donneuses de peau saine sont insuffisantes pour couvrir tout le corps.
- Zones fonctionnelles critiques : Mains, cou, articulations, visage. Le derme artificiel limite la rétraction et préserve la mobilité.
- Exposition de structures nobles : Lorsque l’os, le tendon ou le cartilage est à nu, le derme artificiel peut aider à créer un lit vasculaire là où une greffe classique échouerait.
- Reconstruction secondaire : Pour traiter des cicatrices déjà formées (brides) afin de redonner de la souplesse.
Avantages et Limites du derme artificiel
Avantages
- Qualité esthétique : La peau reconstruite est plus souple, moins épaisse et ressemble davantage à la peau normale.
- Réduction des contractures : Essentiel pour éviter les séquelles motrices.
- Économie des zones donneuses : Permet d’utiliser des greffes de peau ultra-fines.
- Disponibilité immédiate : Contrairement aux cultures de peau qui prennent des semaines.
Limites et Risques
- Sensibilité à l’infection : Le derme artificiel est un corps étranger. S’il y a une infection, la matrice est détruite et doit être retirée.
- Coût élevé : Ces dispositifs sont extrêmement onéreux (plusieurs milliers d’euros par feuille).
- Courbe d’apprentissage : Nécessite une technique chirurgicale irréprochable.
- Délai : Nécessite souvent deux opérations et une hospitalisation prolongée.
Soins Post-Opératoires et Rééducation
Le succès du derme artificiel dépend autant du kinésithérapeute que du chirurgien.
- Immobilisation initiale : Pour permettre l’angiogenèse, la zone doit rester immobile les premiers jours.
- Compression : Le port de vêtements compressifs est crucial après la greffe finale pour guider le remodelage du collagène.
- Massages cicatriciels : Indispensables pour assouplir le néoderme.
- Hydratation : Le néoderme ne possède pas de glandes sébacées ou sudoripares au début ; la peau doit être hydratée artificiellement.
Professeur Ramy ben salah : Spécialiste reconstruction par derme artificiel pour peau brûlée
Le Professeur Ramy Ben Salah est une figure de proue de la chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique, particulièrement reconnu pour son expertise dans la prise en charge des grands brûlés et l’utilisation des technologies de pointe comme le derme artificiel.
Basé principalement en Tunisie (Sfax), il joue un rôle majeur dans la diffusion des techniques de régénération cutanée en Afrique du Nord et au-delà. Voici les points clés de son apport et de sa pratique concernant le derme artificiel :
Un Pionnier du Derme Artificiel au Maghreb
Le Pr Ben Salah est l’un des premiers chirurgiens à systématiser l’usage de substituts dermiques de type Integra® pour traiter des brûlures qui, auparavant, auraient laissé des séquelles invalidantes. Son travail a permis de démontrer que ces technologies, bien que coûteuses, sont rentables sur le plan humain et fonctionnel en réduisant la durée d’hospitalisation et le nombre de chirurgies correctrices ultérieures.
Expertise dans la Reconstruction des Zones Fonctionnelles
Son approche se concentre sur un défi majeur : la main et le visage.
- La Main : Il utilise le derme artificiel pour restaurer la capacité de glissement des tendons. Sans derme artificiel, une main brûlée au troisième degré devient souvent une « main figée » à cause des rétractions.
- Le Cou et les Articulations : Il est expert dans la libération des brides rétractiles (cicatrices qui empêchent le mouvement) en remplaçant le tissu fibreux par un derme artificiel, redonnant ainsi une mobilité quasi normale aux patients.
Philosophie de Prise en Charge : « La Qualité de Vie avant tout »
Pour le Pr Ben Salah, la survie du grand brûlé n’est que la première étape. Sa spécialité réside dans la chirurgie de la fonction et de l’apparence.
- Il prône une utilisation précoce des substituts dermiques lors de l’excision de la brûlure pour « préparer le terrain » à une greffe de peau plus fine et plus esthétique.
- Il insiste sur la pluridisciplinarité : l’utilisation du derme artificiel ne fonctionne que si elle est couplée à une rééducation (kinésithérapie) intensive dès les premiers jours.
Enseignement et Recherche
En tant que professeur universitaire, il transmet ces techniques complexes aux nouvelles générations de chirurgiens. Ses travaux et communications scientifiques portent souvent sur :
- L’optimisation des protocoles de pose du derme artificiel en milieu hospitalier.
- La gestion des complications (notamment infectieuses) liées à ces dispositifs dans des contextes climatiques ou sanitaires spécifiques.
- L’évolution vers l’ingénierie tissulaire et l’utilisation des cellules souches pour améliorer la prise des greffes.
Pourquoi est-il une référence sur ce sujet ?
Si vous vous intéressez au derme artificiel à travers son travail, c’est probablement pour sa capacité à adapter des technologies de « haute technologie » (souvent conçues aux USA ou en Europe) à des contextes cliniques variés, tout en maintenant des standards de résultats internationaux. Il fait le pont entre la chirurgie d’urgence vitale et la chirurgie plastique de précision.
Le Pr Ramy Ben Salah est un expert qui a transformé la vision du traitement des brûlures dans sa région, passant d’une chirurgie de « fermeture cutanée » à une véritable médecine régénérative du derme.
L’Avenir : Bio-impression et Ingénierie Tissulaire
La recherche actuelle s’oriente vers plusieurs axes :
- La Bio-impression 3D : Imprimer directement sur le patient une structure mélangeant derme et épiderme à l’aide de « bio-encres » composées des propres cellules du patient.
- Matrices intelligentes : Intégration de facteurs de croissance (VEGF) ou d’antibiotiques à libération prolongée directement dans la matrice pour accélérer la vascularisation et prévenir l’infection.
- Derme vascularisé d’emblée : Création de substituts possédant déjà des micro-canaux pour accélérer l’irrigation sanguine.
Le derme artificiel a transformé la chirurgie des brûlés, passant d’une chirurgie de « fermeture de plaie » à une chirurgie de « reconstruction tissulaire ». Bien que coûteux et techniquement exigeant, il offre aux survivants de brûlures sévères une qualité de vie et une fonctionnalité autrefois impensables. L’enjeu des prochaines années sera de démocratiser l’accès à ces technologies et d’en réduire le temps de vascularisation pour minimiser les risques infectieux.
Les différences entre les substituts dermiques Integra et Matriderm
Bien que l’Integra® et le Matriderm® soient tous deux des substituts dermiques utilisés pour reconstruire la peau, ils reposent sur des philosophies chirurgicales et des compositions biologiques différentes.
Voici une comparaison détaillée de ces deux technologies leaders sur le marché.
Structure et Composition
- Integra® (Matrice de régénération dermique) :
- Type : Bicouche (deux couches).
- Composition : La couche profonde est un treillis poreux de collagène bovin et de glycosaminoglycanes (chondroïtine-6-sulfate, issu de cartilage de requin).
- Couche externe : Une membrane de silicone fine qui agit comme un épiderme temporaire.
- Épaisseur : Généralement plus épaisse que le Matriderm, conçue pour créer un « néoderme » robuste.
- Matriderm® :
- Type : Monocouche (une seule couche).
- Composition : Un mélange de collagène bovin (fibres de type I, III et V) et d’élastine (issue de ligament nuchal bovin).
- Couche externe : Aucune. C’est une matrice « nue ».
- Épaisseur : Disponible en plusieurs épaisseurs (0,5 mm, 1 mm, 2 mm). L’ajout d’élastine est sa grande particularité, visant à améliorer la souplesse finale.
Protocole Chirurgical (La différence majeure)
C’est ici que le choix du chirurgien se détermine souvent :
- Integra® : Le protocole en deux temps (classique)
- Temps 1 : On pose l’Integra sur la plaie propre. On attend 2 à 3 semaines que les vaisseaux sanguins du patient colonisent la matrice (vascularisation).
- Temps 2 : Une fois que le derme est « vivant » (couleur rosée), on retire la couche de silicone et on pose une autogreffe de peau ultra-mince (greffe épidermique).
- Note : Il existe une version « Single Layer » d’Integra sans silicone, mais la version bicouche reste la référence pour les brûlures profondes.
- Matriderm® : Le protocole en un temps (One-step)
- Le Matriderm est conçu pour être utilisé en un seul passage au bloc opératoire.
- Le chirurgien pose le Matriderm sur la plaie, puis pose immédiatement une greffe de peau mince par-dessus.
- La matrice se gorge de sang et de fluides, permettant à la greffe de survivre tout en guidant la reconstruction du derme en dessous.
Avantages et Inconvénients
| Caractéristique | Integra® | Matriderm® |
|---|
| Rapidité | Plus lent (nécessite 2 opérations). | Plus rapide (1 seule opération). |
| Résistance | Très robuste, idéal pour les pertes de substances très profondes. | Plus fragile, nécessite une manipulation délicate. |
| Qualité du derme | Crée un néoderme épais et très solide. | Excellente élasticité grâce à l’ajout d’élastine. |
| Risque infectieux | Risque plus élevé car le silicone reste en place 3 semaines (corps étranger). | Risque moindre car la greffe de peau ferme la plaie immédiatement. |
| Coût | Très onéreux (matériel + deux passages au bloc). | Onéreux, mais économise un second passage au bloc. |
Indications préférentielles
- Quand choisir l’Integra® ?
- Grands Brûlés : Lorsqu’on n’a pas assez de peau disponible immédiatement pour greffer. L’Integra permet de « fermer » provisoirement le patient avec le silicone en attendant que les zones donneuses cicatrisent.
- Pertes de substances profondes : Si l’os ou le tendon est exposé, l’Integra est souvent plus efficace pour créer une couche de tissu protectrice épaisse.
- Reconstructions complexes : Pour les séquelles de brûlures (brides) où l’on veut un résultat très structuré.
- Quand choisir le Matriderm® ?
- Chirurgie de la main : La finesse et l’élasticité (élastine) sont idéales pour préserver la mobilité des doigts.
- Traumatologie et plaies chroniques : Pour fermer une plaie rapidement en une seule étape.
- Zones esthétiques : Visage et cou, où la souplesse est primordiale.
- Brûlures de second degré profond : Où une reconstruction dermique est nécessaire mais où un protocole en deux temps serait trop lourd.
Conclusion : Lequel est le meilleur ?
Il n’y a pas de « meilleur » produit dans l’absolu, mais un outil adapté à une situation :
- L’Integra est le « poids lourd » de la reconstruction. C’est la solution de secours pour les cas les plus désespérés et les pertes de tissus les plus massives, au prix d’un processus plus long.
- Le Matriderm est la solution d’agilité. Il permet une réhabilitation plus rapide et offre une souplesse cutanée exceptionnelle grâce à l’élastine, tout en simplifiant le parcours du patient (une seule chirurgie).
Dans les centres de grands brûlés modernes, les chirurgiens utilisent généralement les deux, choisissant l’un ou l’autre selon la profondeur de la brûlure, la localisation anatomique et l’état général du patient.
La technique de la bio-impression 3D
La bio-impression 3D représente l’ultime frontière de la médecine régénératrice. Si le derme artificiel (comme l’Integra) est un « échafaudage » passif, la bio-impression 3D est une méthode de fabrication additive active qui permet de construire, couche par couche, un tissu vivant complexe et personnalisé.
Voici une explication détaillée de cette technologie, de sa conception à son application clinique.
Les trois piliers de la bio-impression
Pour « imprimer » de la peau, il faut combiner trois éléments fondamentaux :
- Les Bio-encres (Bio-inks) : Ce sont les matériaux d’impression. Elles sont composées d’un hydrogel (souvent à base de collagène, d’alginate ou d’acide hyaluronique) qui doit être à la fois liquide pour passer dans l’imprimante et assez visqueux pour maintenir sa forme après l’impression.
- Les Cellules vivantes : On utilise généralement des fibroblastes (pour le derme) et des kératinocytes (pour l’épiderme). Idéalement, ces cellules proviennent du patient lui-même (cellules autologues) pour éviter tout rejet.
- L’Imprimante 3D biologique : Une machine de haute précision capable de déposer des micro-gouttelettes ou des filaments de bio-encre selon un plan numérique préétabli.
Le processus de fabrication : Les 3 étapes clés
Étape A : La Modélisation (Pré-traitement)
Avant d’imprimer, il faut savoir quoi imprimer.
- Numérisation : On utilise des scanners 3D ou des systèmes d’imagerie médicale pour cartographier la plaie du patient (profondeur, contours, relief).
- Conception CAO : Un logiciel de Conception Assistée par Ordinateur crée un modèle numérique en 3D. Ce modèle définit où placer les fibroblastes (en profondeur) et où placer les kératinocytes (en surface).
Étape B : L’Impression (Traitement)
L’imprimante dépose les matériaux selon trois techniques principales :
- L’extrusion : La bio-encre est poussée à travers une micro-seringue par pression pneumatique. C’est la méthode la plus courante pour les tissus épais comme le derme.
- Le jet d’encre (Inkjet) : Des micro-gouttelettes sont projetées à haute vitesse. C’est très précis mais cela peut stresser les cellules.
- L’assistance laser : Un laser frappe une couche de bio-encre, projetant une gouttelette avec une précision extrême. C’est la technique la plus coûteuse mais la plus respectueuse de la survie cellulaire.
Ordre de dépôt : On imprime d’abord les couches de collagène chargées de fibroblastes pour recréer le derme, puis on dépose par-dessus les couches de kératinocytes pour l’épiderme.
Étape C : La Maturation (Post-traitement)
Une fois imprimée, la peau n’est pas encore fonctionnelle. Elle doit être placée dans un bioréacteur. C’est une enceinte qui mime les conditions du corps humain (température à $37^\circ\text{C}$, humidité, nutriments). Pendant cette phase, les cellules vont :
- Se multiplier.
- Créer leurs propres connexions (jonctions intercellulaires).
- Sécréter leur propre matrice extracellulaire naturelle.
La révolution de l’impression « In Situ »
L’une des avancées les plus spectaculaires est la bio-impression directe sur le patient (en salle d’opération).
Au lieu d’imprimer une peau en laboratoire et de l’apporter au bloc, l’imprimante (souvent un bras robotisé) se déplace au-dessus de la brûlure du patient anesthésié. Elle scanne la plaie en temps réel et « remplit » les zones manquantes directement avec les cellules et le gel. Cela permet une adaptation parfaite aux contours de la blessure et accélère la cicatrisation.
Les défis technologiques (Pourquoi n’est-ce pas encore partout ?)
Malgré son potentiel, la bio-impression 3D fait face à des obstacles majeurs :
- La Vascularisation (Le défi n°1) : Une peau imprimée de plus de quelques millimètres d’épaisseur meurt car le sang ne peut pas circuler à l’intérieur. Les chercheurs tentent d’imprimer des micro-canaux (futurs vaisseaux sanguins) au sein de la structure.
- La complexité cellulaire : La vraie peau contient des poils, des glandes sudoripares (pour la sueur), des récepteurs sensoriels et des mélanocytes (pour la couleur). Imprimer tous ces types cellulaires en même temps est extrêmement complexe.
- La vitesse : Pour un grand brûlé, il faut couvrir des surfaces énormes très rapidement. Les imprimantes actuelles sont encore trop lentes pour les urgences vitales.
- Le coût et la réglementation : Les protocoles de sécurité pour implanter des tissus imprimés sont très stricts et le coût des machines reste prohibitif pour la plupart des hôpitaux.
Comparaison : Derme Artificiel vs Bio-impression 3D
| Caractéristique | Derme Artificiel (ex: Integra) | Bio-impression 3D |
|---|
| Nature | Matrice synthétique/biologique vide. | Tissu vivant pré-chargé de cellules. |
| Délai | Disponible immédiatement sur étagère. | Nécessite du temps pour cultiver les cellules. |
| Vascularisation | Dépend de la repousse du patient (lent). | Peut potentiellement être pré-vascularisé. |
| Personnalisation | Standard (feuilles à découper). | Sur-mesure (forme exacte de la plaie). |
| Complexité | Uniquement le derme. | Derme + Épiderme + autres types cellulaires. |
La bio-impression 3D est le passage de la « réparation » à la « régénération ». Si aujourd’hui le derme artificiel reste le standard clinique pour sauver des vies, la bio-impression 3D promet, d’ici 10 à 20 ans, de fournir une peau de remplacement identique à la peau d’origine, sans cicatrices et avec toutes ses fonctions (sensibilité, sudation, esthétique).